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Culture et Révolution
Par Abel Prieto Jiménez Traduit par Alain de Cullant
La politique culturelle de la Révolution a ouvert un vaste espace, non déprécié, pour que les créateurs puissent faire leur œuvre en toute liberté.
Illustration par : Rafael Zarza et Kcho

Ce n’est pas un hasard si le 20 octobre a été choisi comme Journée de la Culture Cubaine. Je me souviens avec quelle fierté Armando Hart a réitéré l’importance que la date à laquelle l’Hymne de Bayamo a été entonné pour la première fois servant à rendre hommage aux hommes et aux femmes étant les protagonistes de la vie culturelle du pays. On avait donc synthétisé, d’une façon incalculable – disait Hart - l’identification organique entre nos créateurs et les idéaux patriotiques, anti-esclavagistes et anticoloniaux de 1868, plus tard enrichis par Martí, Mella, Guiteras, Fidel.

La Révolution triomphante de 1959 a reçu le soutien enthousiaste de l’écrasante majorité des artistes et écrivains cubains. De même, beaucoup vivant à l’étranger sont revenus dans l’île pour rejoindre la construction d’un nouveau monde.

Bien que l’agressivité des États-Unis ait commencé très tôt, à travers les pressions et les menaces, les attentats, les bombes, le financement de bandes armées et une campagne médiatique féroce, le gouvernement révolutionnaire n’a pas négligé la promotion de la culture : il a fondé l’ICAIC, la Casa de las Américas, l’Imprimerie Nationale et la première école d’instructeurs d’art, et a commencé la Campagne d’Alphabétisation.

Selon les dires d’Alejo Carpentier, le temps de la solitude était terminé pour l’écrivain cubain et celui de la solidarité commençait. La Révolution a formé un public massif et avide pour les arts et les lettres. Il a également donné un espace aux expressions les plus authentiques et discriminées des traditions populaires et aux recherches les plus audacieuses dans les différents genres artistiques.

Incapables de percevoir les liens profonds entre la culture et la Révolution, les yankees ont entrepris d’organiser des groupes de « dissidents » dans les médias intellectuels; mais ils ont échoué encore et encore.

Le cas d’Armando Valladares est le résultat du désespoir : il est exposé au monde comme un poète invalide prisonnier d’opinion. Ils ont même publié un recueil de poème avec une grande publicité et un titre dramatique : Depuis mon fauteuil roulant. Mais il n’était ni poète ni paralytique (il a rapidement gravi l’escalier de l’avion quand il a été gracié), avait un passé trouble en tant que policier de la tyrannie de Batista et avait été sanctionné pour des activités terroristes.

Aujourd’hui, de nombreuses années plus tard, ils présentent un soi-disant « mouvement » (San Isidro), un supposé rappeur poursuivi pour outrage et une supposée grève de la faim d’une douzaine de soi-disant « jeunes artistes ». Ils ont été soutenus par une forte campagne dans la presse étrangère, dans les médias numériques payés pour la subversion et sur les médias sociaux. Ils ont eu le soutien immédiat de Pompéo, Marco Rubio, Almagro et d’autres personnages.

Grâce aux médias sociaux, un climat raréfié s’est développé, avec une lourde charge émotionnelle, pour susciter des expressions d’adhésion et de soutien moral face à une hypothétique injustice.

Comme cela a été étudié par de nombreux analystes, l’appel aux émotions dans les réseaux enveloppe les gens dans les communautés sentimentales transitoires, et paralyse la capacité de raisonner, de juger et de vérifier où se situent les frontières entre la réalité et la fiction.

Beaucoup (la majorité) de ceux qui se sont rassemblés le 27 novembre devant les portes du Ministère de la Culture ont été influencés par l’atmosphère créée dans les réseaux. Peu savaient ce qui s’est réellement passé à San Isidro et ses protagonistes. Peut-être que certains avaient eu une mauvaise expérience et se sont sentis blessés. Je pense qu’ils voulaient honnêtement parler avec l’institution.

D’autres (une minorité) ont été pleinement impliqués dans un plan contre la Révolution. Ils ont utilisé les médias sociaux pour amplifier ce qui se passe là-bas et l’ont divulgué de façon falsifiée. Des fausses nouvelles autour d’une répression imaginaire, qui comprenait des gaz lacrymogènes, du gaz poivré et des embuscades présumées contre les participants ont été envoyées. Ils savaient qu’ils aidaient à justifier avec des mensonges la politique de Trump contre leur pays. Ils n’étaient intéressés que par le « dialogue » pour en faire des nouvelles, un show, et l’écrire comme une victoire. Certains avaient besoin de justifier l’argent qu’ils reçoivent.

Cependant, il est nécessaire de séparer clairement la bande dessinée des marginaux de San Isidro et ce qui s’est passé dans le Ministère de la Culture. Dans le second cas, il y a de vaillants jeunes devant être entendus.

La politique culturelle de la Révolution a ouvert un vaste espace, non déprécié, pour que les créateurs puissent faire leur œuvre en toute liberté. Il est vrai qu’il y a eu des erreurs, des incompréhensions et des maladresses, mais le processus révolutionnaire lui-même s’est chargé de les rectifier.

Les institutions, avec l’UNEAC et l’Association Hermanos Saíz, restent ouvertes à un débat franc avec les artistes et les écrivains. Si, pour une raison ou une autre, le dialogue est interrompu, il existe les canaux de communication appropriés pour le reprendre.

Il est tout à fait légitime de discuter de la manière de consolider les liens entre créateurs et institutions, sur des manifestations expérimentales de l’art qui n’ont pas encore été suffisamment comprises, sur la fonction essentielle critique de la création artistique, sur le « tout vaut » de la vision postmoderne, sur la liberté d’expression et bien d’autres sujets.

Ce qui n’est pas légitime, c’est le manque de respect de la loi, la prétention d’utiliser le chantage contre les institutions, d’outrager les symboles de la patrie, de rechercher la notoriété par la provocation, de participer à des actions payées par les ennemis de la nation, de collaborer avec ceux qui travaillent à la détruire, de mentir pour rejoindre le chœur anti-cubain dans les réseaux, pour athéiser la haine.

Au milieu de la crise mondiale provoquée par la pandémie et le néolibéralisme mondial, Cuba subit en même temps un harcèlement sans précédent de la part des États-Unis. C’est pourquoi ce moment a été choisi pour financer des spectacles qui offrent une image défigurée du pays.

Tout créateur qui s’approche aux institutions ayant des objectifs légitimes trouvera des interlocuteurs prêts à l’écouter et à le soutenir. Il n’y a pas de dialogue possible avec les renégats