IIIIIIIIIIIIIIII
Brève histoire du Théâtre National de Cuba
Par Gina Picart Traduit par Alain de Cullant
Le Théâtre National de Cuba a été catalogué par les acteurs, les dramaturges et les spécialistes, nationaux et étrangers, comme l'un des meilleurs au monde et le meilleur en Amérique Latine.

Le Théâtre National de Cuba a été catalogué par les acteurs, les dramaturges et les spécialistes, nationaux et étrangers, comme l'un des meilleurs au monde et le meilleur en Amérique Latine. Ce joyau de l'architecture théâtrale a une histoire aléatoire, qui, dans une certaine mesure, pourrait être classée comme héroïque.

En janvier 1951, le Ministère des Travaux publics a demandé au Président de la République, le Dr Carlos Prío Socarrás, un budget de cent cinq mille pesos pour l'achat de terrains adjacents à la Plaza Cívica José Martí, aujourd'hui Plaza de la Revolucíon, afin d’y construire un théâtre qui ne soit pas privé. Dans la zone annexée se trouvait alors l'Ermitage des Catalans.

Le projet final a été sélectionné au moyen d’un concours convoqué par le conseil d'administration expressément formé pour s’occuper de la construction du futur théâtre.

La première pierre a été placée en juillet 1952, bénie par l'évêque auxiliaire de La Havane, dans laquelle, à l'intérieur, a été placée une médaille de la Virgen de la Caridad, la sainte patronne de Cuba, et une collection de pièces de monnaie du cinquantième anniversaire de la République.

L'intention n'était pas seulement de construire un théâtre, mais aussi un local ayant les conditions idéales pour installer la première école de dramaturgie et de formation des acteurs dans le pays. La presse officielle a annoncé que l’immeuble serait achevé dix-huit mois plus tard.

Il était prévu que le Théâtre National de Cuba, semblable à l’édifice Theater Radio City de New York, aurait une scène aussi moderne que celui-ci, pour laquelle une plaque a été coulée en 1953, avec environ trois cent cinquante mètres de long et mille cinq cents blocs de béton, excellent son et isolation thermique. Le journal El Mundo a affirmé que les travaux seraient achevés pour juillet 1954.

L'imminence de l'inauguration du magnifique monstre théâtral a déclenché un mouvement public d'une grande effervescence autour du choix du nom à porter. Ce mouvement a été dirigé par d’importantes personnalités de l'art et des lettres de la capitale, dont l'une des plus actives a été le poétesse et narratrice Dulce Maria Loynaz, qui s'est présentée devant le dictateur Fulgencio Batista, Président de la République, avec un album dans lequel avait recueilli des milliers de signatures de femmes cubaines, qui soutenaient l'idée de baptiser le nouveau théâtre sous le nom de Gertrudis Gomez de Avellaneda, et proposant de l'inaugurer avec la mise en scène de sa pièce Baltazar.

Dans la mémoire descriptive du projet il était question de jolis salons d'attente pour que le public puisse converser et fumer, cette dernière activité qui, jusqu'à ce moment, s’effectuait à l'intérieur des salles de théâtre et de cinémas.

Au côté de l’édifice principal se trouverait un autre théâtre plus petit, pour l'expérimentation et la formation du personnel spécialisé. La décoration intérieure des salles a pris en compte les normes de construction les plus modernes et scientifiques ; ainsi, par exemple, le spectateur le plus éloigné ne devrait pas être situé à plus de soixante pieds de la scène.

Il y aurait des écoles d’arts dramatiques et de ballet, des sections de scénographie, de machinerie et de maquillage, un local pour les costumes, une bibliothèque, un atelier de peinture et décoration. Tous les départements communiqueraient avec les salles et un système d'échelle serait créé capable de permettre les retouches à n'importe quelle hauteur.

On pensait ériger une façade composée d'une immense fenêtre avec des bâtis d'aluminium et d'acier ; il y aurait aussi des escaliers et de beaux jardins, et le théâtre, dans son ensemble, serait une œuvre architecturale capable d'embellir l'environnement en relation organique avec la nature de l’endroit.

Les travaux, qui ont été confiés à l'origine à la prestigieuse entreprise de construction Purdy and Henderson Company, allaient passer de main en main et il y a eu aussi une période durant laquelle le projet n’a pas avancé.

Le Gouvernement de Cuba voulait inaugurer le Théâtre National à une date coïncidant avec le premier Congrès Panaméricain de Théâtre, qui devait avoir lieu en novembre 1958, mais la vérité est que, après huit millions de pesos investis dans sa construction depuis 1950, dont au moins quatre étaient arrivés dans les poches des fonctionnaires et des entreprises corrompues, la Révolution est arrivée au pouvoir avec un Théâtre National qui n'était rien de plus qu'une carcasse où seule la scène existait. Malgré cela, dans les premières années du processus révolutionnaire, l'acteur Gérard Philipe, considéré comme l'un des grands de la scène en France, a visité l'île et a déclaré que le Théâtre National, toujours dans son état embryonnaire, lui semblait, pour ses excellentes conditions l'un des meilleurs au monde et le premier en Amérique Latine.

Il avait l'impression qu'un jour le centre deviendrait l’endroit indiqué à partir duquel une véritable révolution culturelle de toutes les manifestations scéniques du pays pourrait commencer. À cette époque, seulement une dizaine de salles privées étaient en activité à Cuba.

La première salle qui, après mille efforts incroyables, a été prête pour accueillir le public était la Covarrubias, nommé ainsi en l'honneur de Francisco Covarrubias (1775-1850), acteur et auteur cubain.

Une pré inauguration a eu lieu en février 1960, avec un concert dirigé par le chef d’orchestre soviétique Aram Jachaturiam, qui était à Cuba dans le cadre de la première délégation culturelle de son pays à visiter notre île.

Dans des conditions très précaires, la salle Avellaneda a fonctionné jusqu'aux premiers mois de 1961, pratiquement sans fauteuils, sans lumières, sans air conditionné, avec une mauvaise acoustique et de nombreuses autres lacunes, qui, sans l'effervescence des débuts du processus révolutionnaire cubain, aurait rendu impensable le démarrage de cette aventure sans précédent.

L'intention, après l'entrée des barbus dans la capitale, avait été que le Théâtre National soit inauguré en décembre 1959 avec la mise en scène de l’œuvre Baltazar, de Gertrudis Gómez de Avellaneda, pour laquelle on espérait le retour des États-Unis de la grande actrice cubaine Míriam Acevedo, pour le rôle principal.

Elle est retournée à La Havane en janvier 1960, mais étant donné la visite au pays de l'écrivain et philosophe français Jean-Paul Sartre à ce moment, la direction du Théâtre National a décidé de l'inaugurer, en son honneur, avec son œuvre La Putain respectueuse, un fait qui a eu lieu en mars de la même année.

L’année de gloire de cette institution a été 1960. Avec des absolus et des enthousiasmes dans le public il y a eu les premières de Santa Juana de América, El retablo de maese Pedro, Los fusiles de madre Carrar, Yerma, El jardín de los cerezos et d'autres œuvres de renommée internationale, ainsi que les représentations de l'Ensemble de Danse Moderne, alors sous la direction du grand chorégraphe cubain Ramiro Guerra, qui avait déjà monté avec ses premiers danseurs des œuvres telles que Suite yoruba, Auto sacramental, Llanto por Ignacio Sànchez Meja et d'autres qui, peu de temps après, ont atteint une renommée et une reconnaissance internationale.

Le centre a également accueilli l'Ensemble Folklorique qui a fait un travail de grande importance des danseurs captés dans les rues de la capitale et formés avec une rigueur émergente. Il y a eu aussi des concerts et des spectacles pour enfants, parmi lesquels la pièce Lindo ruiseñor, jamais égalée dans l'histoire du théâtre cubain de tous les temps.

Au cours de cette brève période, de grands spectacles internationaux ont été présentés dans le Théâtre National, tels que l'Opéra de Beijing, le Ballet Folklorique Géorgien, l'Ensemble Théâtrale Chilien, le Ballet National du Mexique, l'Ensemble des Danses Folkloriques de l’Union Soviétique et le Ballet Yougoslave.

Vingt ans plus tard, après d'énormes efforts constructifs menés à bien par le Gouvernement Révolutionnaire, le Théâtre National est complètement achevé. Il est inauguré le 3 septembre 1979, avec ses trois salles, son café et toutes ses annexes. Le gala inaugural a eu lieu en l'honneur des délégations participant au VIe Sommet des Pays Non Alignés qui s'est tenu à La Havane.

Le Théâtre National a vu la naissance des premières Brigades Artistiques qui ont apporté l'art théâtral et de la danse dans les endroits les plus reculés de Cuba, donnant une impulsion à ce qui est devenu plus tard un mouvement amateur florissant à travers tout le pays. Son extraordinaire labeur de diffusion culturelle ne peut être oublié et il doit toujours être mentionné quand on fait un récit historique de l'art cubain.