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Baracoa : une ville de chant et de beauté
Par Lázaro David Najarro Pujol Traduit par Alain de Cullant
Quiconque voyage ou vit à Cuba et ne connaît pas Baracoa, la Première Ville de l'île, a perdu la possibilité unique d'enrichir la description avec des souvenirs que le temps n'a pas été en mesure d'effacer.
Illustration par : Ana María Reyes

Quiconque voyage ou vit à Cuba et ne connaît pas Baracoa (province de Guantánamo), la Première Ville de l'île, a perdu la possibilité unique d'enrichir la description avec des souvenirs que le temps n'a pas été en mesure d'effacer.

 

Connaître l’appelée Ville Paradisiaque de Cuba, dans la partie la plus orientale de l'île, c'est comme grimper au ciel, rencontrer le soleil et faire partie d’une aventure à travers une route en zigzag entre les montagnes. Je me réfère spécifiquement à la Farola, construite dans les années 1960 et insigne de la région, dont l'isolement en raison de problèmes de route, a inspiré la chanson disant : « Je vais à Baracoa, même s'il n'y a pas de route ». Cet isolement dura des siècles jusqu'à l'année 1964, quand le Gouvernement Révolutionnaire a construit la route colossale entourée par les paysages exotiques de la région.

 

Sur la Farola, une route faisant partie des sept merveilles de l'ingénierie civile cubaine du siècle dernier et prodige de l'effort humain, il y a onze ponts suspendus et le point le plus sélect d’Altos de Cotilla, à plus de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui a fait dire à l'écrivaine cubaine Dora Alonso, « il est enveloppé dans les fougères parmi les luxes des sources, face à un paysage indescriptible ».

 

Mais maintenant, on peut voyager en toute sécurité vers la capitale de l'archéologie cubaine, ou la Ville des Pluies, un site presque unique dans l'hémisphère occidental, non seulement pour les attractions touristiques, mais aussi pour ses hautes valeurs historique, culturelle et architecturale qui exercent une attraction particulière.

 

Il est obligatoire de mentionner la fameuse Croix de La Parra (une des 29 laissées dans toute l'Amérique hispanique par le marin génois Christophe Colomb), relique du patrimoine de l'humanité érigé par les Espagnols lors du premier voyage en Amérique (placée là par l'Amiral lui-même le samedi 1er décembre 1492). C'est une croix faite avec des bois précieux des forêts de cette région. On me dit que la Croix de La Parra a été utilisée par le frère Bartolomé de Las Casas pour officier les masses.

 

Il est vérifiable qu'elle est là, défiant le passage inexorable du temps.

 

Les gens, le village et les traditions

 

Avant la visite, nous avons consulté plusieurs textes sur l’ancienne Ville de Nuestra Señora de la Asunción de Baracoa, qui a été fondée entre 1511 et 1512 par Diego Velázquez (les archéologues disent que ce fut le 15 août 1511), et a eu la primauté d'être devenue la première capitale et le premier évêché de l'île, pour sa proximité à l'île d'Hispaniola. Actuellement il s'agit d'une municipalité comptant une population de 81 615 habitants, dont 51,5% vivent dans la zone urbaine.

 

Le nom de Baracoa (qui en 1518 a reçu le titre de Ville, bien que l’écu correspondant ne lui a été conféré que plus de trois siècles plus tard), a son origine dans une expression des aborigènes de la zone, qui représente l'existence de la mer ; d'autres assurent que cela signifie « terre haute ». Les deux dénominations sont harmonieusement liées, car Baracoa est une terre haute avec la présence de la mer. Du haut de la ville, le visiteur est choqué, dans le sens positif du mot, en observant ce morceau de mer entouré de collines.

 

La baie de Porto Santo garde des centaines de secrets, cachés dans les vestiges des galions et des navires qui gisent sur ses fonds marins. Là, ont ancré La Niña et La Santa Maria, le 27 novembre 1492.

 

Le paysage est surprenant non seulement pour sa baie sous la forme d'un grand lagon ou en forme de fer à cheval entre les montagnes, mais aussi par une élévation pittoresque aplatie d’une forme rectangulaire de 575 mètres de haut, connue comme el Yunque (l'Enclume) de Baracoa, Monument National, en raison de sa similitude avec cet outil utilisé par les forgerons.

 

Dans son journal du 27 novembre 1492, l'Amiral Christophe Colomb a écrit : «... et à la fin de la partie Sud-est se trouve un cap dans lequel il y a une montagne haute et carrée qui ressemble à une île ».

 

Le scientifique cubain Antonio Núñez Jiménez a dit également : « ... elle a son nom bien approuvé, car elle ressemble à une enclume énorme aux parois verticales et la cime aplatie »

 

On observe une région, couverte de feuillage dense et embrassée par les alizés du Nord ; c'est un lieu de passion et de légendes. C'est une ville immensément belle, riche de sa nature, et les eaux profondes et cristallines des huit rivières qui y convergent fertilisent la terre, parmi lesquelles se trouve le Toa, l'une des rivières les plus puissantes de Cuba (de 120 kilomètres le long). Parmi les autres il y a le Yumurí, le Duaba, le Miel, le Macaguanigua, et le Quiviján. Toutes d’eau claire et pure.

 

Ce paysage paradisiaque et vierge de la Ville des Eaux est complété par de nombreuses cascades, dont principalement El Saltadero, de 17 mètres de hauteur.

 

Les habitants de la ville parlent fièrement de cet endroit, de l’un de ses fleuves historiques, le Duaba, témoin du débarquement, en 1895, du Major Général Antonio Maceo y Grajales pour rejoindre la Guerre d'Indépendance.

 

Les Baracoenses sont des gens simples, hospitaliers et défenseurs de leurs racines indigènesIl est très fréquent de trouver dans la ville des descendants des peuples originaires de l'archipel cubain, ayant un nez pointu, des cheveux droits, une peau foncée et une petite stature, les caractéristiques des traits des Indiens Taino.

 

Les coutumes des habitants d'antan sont profondément enracinées. Ils maintiennent des cultures et des productions indigènes au moyen du cacao. Baracoa produit le meilleur chocolat au pays, en plus de l’autochtone Cucurucho, une exquise pâtisserie typique de la région née du mélange de l'eau de noix de coco avec du miel d'abeilles, des fruits et du sucre. On ne peut pas manquer le Bacán (qui est passé de génération en génération), un repas typique élaboré avec des noix de coco séchées, des bananes plantains vertes, différentes épices et de la viande de porc, de bœuf ou de poulet.

 

Dans cette ville centenaire, il est réconfortant d'observer d’importants sites archéologiques indigènes, une faune et une flore parfaite et une riche tradition culturelle et historique. Malgré le passage inexorable des années, de nombreux bâtiments agrandis avec la pierre de carrière sont intactes, comme les forteresses coloniales El Castillo et La Punta ; les tours de Joa, le cimetière

 

Dans l’admirable Parroquia Nuestra señora de la Asunción de Baracoa, les visiteurs peuvent voir la susmentionnée Santa Cruz de la Parra, la plus ancienne relique historique et religieuse de la rencontre des deux cultures dans le Nouveau Monde.

 

Il y a aussi d’autres splendeurs : le Parc National Alejandro de Humboldt, le Paso de los Alemanes, la calanque de la rivière Yumurí, les baies de Boma et de Mata, et le centre historique dans son ensemble, déclaré Monument National.

 

Quiconque vit ou voyage à Cuba et ne visite pas Baracoa aura une dette perpétuelle avec la Ville, comptant une baie fascinante, de vastes étendues de nature vierge, ainsi que de belles plages telles que Maguana, Miel, Cayo Santo ou Duaba.