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Armando García Menocal, le peintre mambí
Par Pedro Antonio García Fernández Traduit par Alain de Cullant
Quand Armando García Menocal offrait des cours de peinture à San Alejandro durant la période néocoloniale, il aimait raconter à ses élèves des histoires de la guerre de 1895.

Quand Armando García Menocal offrait des cours de peinture à San Alejandro durant la période néocoloniale, il aimait raconter à ses élèves des histoires de la guerre de 1895, dans laquelle il avait été un combattant. Parmi les anecdotes qu’il racontait. Sa préférée était la suivante.

« Il y a eu des journées difficiles lors de la guerre car la nourriture était rare. Il y avait des jours où l’ont mangeaient à peine. Mais on devait continuer à résister et à lutter pour l'indépendance de Cuba », soulignait le peintre mambí.

Un soldat du petit groupe commandé par le major général Máximo Gómez a trouvé un œuf sur le terrain. Il l'a donné au Généralissime pour qu’il puisse manger quelque chose, mais il l’a refusé et il a dit : « Ou nous mangeons tous ou nous ne mangeons pas. L’œuf sera cuit et partagé en parts égales ».

« Imaginez le petit morceau que recevait chaque soldat », a souligné Menocal, qui a conclu l'histoire, non sans fierté, en suivant la phrase suivante : « J'étais l'un des patriotes qui ont mangé sa maigre ration de protéines ce jour-là ».

Le jeune peintre

Armando José Isabel García Menocal est né à La Havane le 8 juillet 1863. Diplômé de l'Académie San Alejandro à l'âge de 17 ans, ses professeurs ont vu le potentiel de l'adolescent et ont prédit qu'il serait un futur talent des arts plastiques.

Dans cette institution, l'instruction de Menocal était sous la tutelle du professeur Miguel Melero. Il convainc les parents d'Armando, qui possédaient une vaste culture, de l'envoyer en Espagne afin de terminer ses études à l'Académie des Beaux-Arts de San Fernando.

Il a reçu des cours du maître valencien Francisco Jover dans la péninsule, il a appris les techniques, en vogue alors, de la peinture en Europe. Il profite de son séjour pour exposer ses premières œuvres et remporte la deuxième place dans l'Exposition Nationale de Madrid, en 1884, avec sa peinture Generosidad Castellana.

Il a également rencontré des personnalités de la littérature et des arts, comme Menéndez Pelayo et le peintre Joaquín Sorolla.

De retour à Cuba en 1890, il reçoit la chaire de Paysage à San Alejandro et commence à peindre des portraits personnels, avec lesquels il obtient des reconnaissances entre la critique et le public.

Le poète et critique Julian del Casal a écrit à propos de Menocal : « Sous la domination de son pinceau, le simple brille, la soie crépite, la dentelle est plus vaporeuse, la fleur possède des nuances invisibles et les pierres précieuses projettent une grande luminosité. On peut dire la même chose de la figure humaine. Le visage conserve sa couleur ; la pupille, son regard ; le front, ses plis ; et la physionomie, l'expression ».

Une de ses œuvres principales de cette époque est Embarque de Colón por Bobadilla (1893), célèbre pour sa controverse avec les autorités coloniales espagnoles, même avec le gouverneur général de l'île, qui a ordonné de retirer les chaînes du navigateur reflétées dans le cadre.

Menocal non seulement refusa ouvertement de changer son œuvre mais, au mépris de la colère des colonialistes, l'exhiba comme il l'avait peint à l'origine.

Le mambí

Au début de la guerre de 1895, il prend le maquis et réalise l'invasion de l'Occident sous la direction de Máximo Gómez. Il a été blessé lors des combats à Camagüey (22 août) et Calimete (29 décembre), les deux cette même année.

Il a été rapidement promu capitaine. Après avoir pris part aux charges à la machette, on lui demande de prendre le pinceau et de dessiner des scènes épiques, afin de les vendre à l'étranger pour acquérir des armes. On ne sait pas exactement quel grade il avait à la fin de la guerre, nous n'avons trouvé que sa promotion comme commandant.

La tradition raconte aussi qu’au début de l'Invasion de l'Occident, il avait fait un portrait d'Antonio Maceo à plumes, qui lui plaisait beaucoup. Depuis lors, entre le Titan et le peintre une profonde amitié s’est établie, fondée par l'admiration mutuelle durant les jours du conflit.

Directeur de San Alejandro

À la fin de la domination espagnole à Cuba, il retrouve sa chaire de Paysage à l'Académie de San Alejandro. Il réalise des peintures murales pour Mme Rosalía Abreu et, bien qu'il soit reconnu pour ses grandes peintures historiques, il excelle également dans les portraits, les paysages, les scènes marines, les fleurs, les natures mortes et les thèmes mythologiques.

Ce sont ses expériences dans le camp mambí incarnées sur la toile qui lui ont apporté le plus de gloire, au point d'être proclamé le « Peintre de la Révolution ». Parmi ses œuvres se trouvent La Invasión, La Batalla del Coliseo y La muerte de Maceo.

Il a exécuté les panneaux décoratifs de l'Amphithéâtre de l'Université de La Havane et il a été chargé de peindre le plafond et le dôme du palais présidentiel (maintenant le Musée de la Révolution).

À partir de 1927, il a occupé la direction de l'Académie de San Alejandro, un poste qu’il laisse en 1934 à cause de sa mauvaise santé. Cependant, il a continué à peindre jusqu'au jour de sa mort, le 28 septembre 1942 à La Havane.