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Alain  Kleinmann (Pour Napoléon)
Par Jorge Luis Rodríguez Aguilar Traduit par Alain de Cullant
À l'occasion de l'exposition Alain Kleinmann, qui est proposée dans le Musée Napoléonien de La Havane, du 24 janvier au 24 février 2020.
Illustration par : Alain Kleinmann

À l'occasion de l'exposition Alain Kleinmann, qui est proposée dans le Musée Napoléonien de La Havane, du 24 janvier au 24 février 2020.

L'histoire garde toujours ses complexités aux yeux les moins curieux, aux moins audacieux et légers. Pour savoir comment l'ausculter, il faut être prêt et se préparer à laisser passer les heures éveillées, loin d'un monde réel, mais proche d’autres. Quand on est plus submergé, livré et vaincu par une telle cause, plus le fait (qui est très apprécié) de trouver ce qui est recherché et de le montrer au bon moment est réconfortant. Par conséquent, l'immense signification du poids de la mémoire est présente chez ceux qui fouillent et trouvent, chez ceux qui ne se lassent pas et chez ceux qui croient fermement en ce qui a été gravé dans le passé et écrit dans la mémoire.

Un texte, écrit ou lu, est un exercice de communication précis. Il suffit qu'il y ait un moyen par lequel le message passe entre les deux des parties intéressées pour que se produise le phénomène le plus décisif de l'évolution de l'homme. Les codes et certains éléments de langage (ceux choisis, commodément) y seront ajoutés, et le message atteindra d'autres connotations.

Le phénomène de la communication est aussi universel que l'histoire elle-même. Il a toujours son propre sens, que l’on doit savoir démêler dans l'écheveau des choses, et qui définit le personnel et le plus authentique de la culture de l'homme (dans toute la mesure du mot). Autant que l'histoire, la communication est un phénomène universel et, tout comme elle se codifie et se tord de sorte que certains ne comprennent pas ou la comprennent mal, dans d'autres cas, elle s'ouvre et s'épanouit, comme les bonnes idées, dans l'apothéose de l'art. Ces deux concepts se joignent alors et une nouvelle figure émane : l'histoire de l'art, qui n'est rien d'autre que le récit illustré des bonnes communications entre les hommes.

Un bon communicateur est un faiseur de pont, quelqu'un qui ne se lasse pas de construire et de se propager, car la communication est contagieuse, c’est transmettre un sentiment, unir deux choses, converser, traiter, informer ; c’est de faire connaître quelque chose, c'est communier, ce qui signifie être en relation, en correspondance parfaite et en union.

On dit que Napoléon Bonaparte était un excellent communicateur et un amoureux passionné du genre épistolaire, duquel il a laissé une bonne quantité. Tant ou plus, quoique d'une autre manière, j'ai voulu voir dans la dernière exposition d'Alain Kleinmann (Paris, 1953) une correspondance entre deux Français : l'un, qui dialogue depuis les complications de l'histoire et l'autre, depuis la vision d'un artiste et de sa contemporanéité.

Ainsi, presque comme s'il était l'expéditeur de l'un d'eux, Alain Kleinmann est revenu au dessin au plomb, à la technique mixte sur papier, à la photographie vieillie avec du sucre et au livre d'objets, pour composer une exposition spécifique, quelque chose sui generis dans son œuvre, sur la mémoire d'un musée et des objets napoléoniens. Peut-être voulait-il que le destin le fasse et il renoue avec son passé, auquel il fait tant allusion encore et encore, et Alain revient à son enfance et aux jeux d'enfance dans la maison de ses parents, dans l'hôtel du duc de Raguse, où, par coïncidence, le Grand Corse a passé de nombreuses soirées romantiques et où, finalement, sur la cheminée du grand salon, qu'il connaît si bien, le maréchal Marmont a signé la capitulation de Paris en 1814.

Et, parce que la vie est pleine de ces petits contacts avec hier, Alain Kleinmann a trouvé une solution visuelle qui sauve le passage du temps et met en valeur élégamment les figures et les objets de l'histoire. Mais il ne reste pas seulement dans la représentation énigmatique d'un portrait, d'une silhouette ou d'un petit tableau, parce que l'énigme est beaucoup plus grande. C'est pourquoi, cette fois, il aborde aussi l'architecture : les vitraux, les grilles, bars, les lisérés, la cour du bâtiment, les terrasses et les salles d'un splendide musée, un palais d'inspiration florentine, la Dolce Dimora, qui abrite depuis 1959 le Musée Napoléonien de La Havane.

Une telle exposition est un propre exercice de communication : c'est un dialogue bien pensé qui met en valeur et décore le fait et nous permet de voir, une fois de plus, l’œuvre épurée de l'un des artistes contemporains français les plus proches de Cuba et les plus attachés à l'histoire.