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Éloge à  Rafael Acosta de Arriba
Par Araceli García Carranza Traduit par Alain de Cullant
Le Prix National de la Recherche Culturelle 2018 a été décerné au chercher Rafael Acosta de Arriba. Trois disciplines définissent son œuvre : l’histoire, les arts visuels et la littérature.
Illustration par : Leonardo Luis Roque

Le docteur en sciences Rafael Acosta de Arriba possède une bibliographie de plus de 200 écrits, porteurs de sujets historiques, littéraires, artistiques et culturels. Chacun d'eux  sont des textes précieux et profonds qui le rendent possesseur d'une œuvre véritablement pertinente. Chercheur, essayiste, critique d'art et poète, il a publié plus de 20 ouvrages et a participé dans 30 autres, de différents auteurs, à Cuba, en Espagne, en Italie et au Mexique.

Trois disciplines définissent son œuvre : l’histoire, les arts visuels et la littérature. De son œuvre historiographique et d’essais, il est nécessaire de souligner ses recherches, depuis la fin des années 80, sur la pensée de Carlos Manuel de Céspedes et sur l'indépendantisme cubain au XIXe siècle. La très notable édition corrigée et augmentée de Los silencios quebrados de San Lorenzo est une œuvre précédée d'une solide recherche bibliographique et publiée par la maison d’édition Boloña.

On souligne également ses recherches sur les œuvres d'Octavio Paz, de Max Aub et de José Lezama Lima, sur les romans historiques de Leonardo Padura, sur le trotskisme à Cuba, sur le corps et l'érotisme comme signes esthétiques et culturels, sur les théories inhérentes à l'art, et quelques faits historique oubliés, comme le Congrès Culturel de La Havane en 1968, et les avatars de la culture dans la décennie des années 1960.

Dans le domaine des arts visuels, nous soulignons ses approches ponctuelles sur certains artistes et leurs œuvres, sur leur visualité et sur la photographie cubaine. Ses recherches récentes sur les processus de l'art cubain et sur des personnalités telles qu’Agustín Cárdenas, Raúl Corrales, Herman Puig, Pedro de Oraá, Osvaldo et Roberto Salas et Roberto Fabelo, parmi d’autres, ont été très remarquables.

Acosta de Arriba a publié plus de 100 essais et articles dans des revues cubaines et étrangères : entre autres « Los ojos minervinos de José Lezama Lima » ; « El cuarto cuerpo o el cuerpo perdido del arte cubano » ; « Arte cubano, mercado, mutación y diversidad » ; « La sílaba del comienzo », pour la commémoration du dixième anniversaire de la mort d'Octavio Paz, juste pour n’en mentionner que quelques-uns, sans perdre de vue des dizaines d'essais sur l'art et les artistes cubains.

Ses recueils de poèmes Haz de espigas, publié en Italie en 2007, et Momentos, publié à La Havane en 2004, nous montrent le poète. Sans oublier De vísperas y silencios (un recueil qui représente une anthologie de sa poésie) et d'autres livres sur la photographie artistique à Cuba comblant un vide dans la bibliographie cubaine de tous les temps.

Il a été conservateur et organisateur de nombreuses expositions à Cuba, au Brésil, en Espagne, en Allemagne et en Hollande. Une tâche difficile que je compare avec l'exercice d'une bibliographie choisie, commentée ou critique, un domaine qui ne lui a jamais été étranger.  En outre, il a sélectionné des bibliographies pour plus de dix programmes télévisés liés à l'art et à la littérature.

Sa vie académique se développe actuellement entre l'Université de La Havane et l'Université des Arts, il a donné un cours de cours, entre 2017 et 2018, dans l'Académie de San Alejandro ; il appartient aux Conseils Scientifiques de la Bibliothèque Nationale de Cuba José Martí, de l'Institut Juan Marinello et de l'Université des Arts, dans cette dernière il dirige la ligne d'investigation « Les problèmes contemporains des arts et de la culture ».  Il appartient à l'Association Nationale des Critiques d'Art (AICA), à l'Union des Écrivains et des Artistes de Cuba (UNEAC) et à la Latin American Studies Association (LASA).

Il a reçu divers prix et reconnaissances, dont le Prix annuel de la recherche du Ministère de la Culture en 1994, 2010, 2012 et 2014, et deux fois le Prix de la critique d'art « Guy Pérez Cisneros ». Sa participation à des événements, séminaires et conférences nationaux et internationaux est également très notable, ainsi que dans de nombreuses conférences offertes dans des universités et des centres d'art à Cuba, en Espagne, aux États-Unis, au Brésil, au Mexique, en Italie et en Israël, un travail de nombreuses années qu’il a commencé en 1991, quand il a coordonné le cycle de causeries « La pensée cubaine au XXIe siècle », dans la Bibliothèque Nationale José Martí.

Nous sommes donc en présence d'une œuvre qui a émergé à partir de la dernière décennie du XXe siècle, et développée rigoureusement jusqu'à nos jours, dans laquelle le Dr Rafael Acosta de Arriba est chercheur titulaire dans ce prestigieux Institut pour l'étude, la recherche et le développement de la culture cubaine, Juan Marinello.

Auparavant, Rafael a occupé la présidence du Conseil National des Arts Plastiques durant sept ans (pendant cette période il a présidé la VIe et la VIIe Biennale de La Havane) ; il a également dirigé le Centre d'Information Cinématographique Saúl Yelín, l'Institut de l’Art et de l’Industrie Cinématographique, il a travaillé comme directeur de presse dans les Festivals Internationaux du Nouveau Cinéma Latino-américain et il a été rédacteur en chef de la revue Cine Cubano.

Depuis ces positions, il a réalisé un intense travail de promotion culturelle caractérisé par la création d'événements comme « Le jour de la critique », dans les Festivals du Nouveau Cinéma Latino-américain (un espace de débats et de présentation de livres qui existe jusqu'à présent), a aidé à fonder l'Association Cubaine de la Presse Cinématographique, il a revitalisé la Fédération Cubaine des Ciné-clubs et il a créé Subasta Habana, le journal Noticias de Arte cubano et l'Agence du Droit d'Auteur pour les Artistes Visuels (ADAVIS). Nous lui devons également la création des Prix Nationaux de la Critique d'Art et de Curaduría, ainsi que la fondation, en 2005, de la revue Fotografía Cubana (malheureusement disparue).

Au début des années 90, il a été chef du Département des publications et de la conservation de la Bibliothèque Nationale de Cuba, José Martí, où il a également dirigé la revue de l'institution.

Comme dans un voyage à la source, il a synthétisé une œuvre et un savoir-faire qui est la fierté de Cuba, et spécialement de la Bibliothèque Nationale, où ce jeune homme est arrivé en 1990. Diplômé de mathématiques en 1975, dans l'Institut central des sciences pédagogiques, il avait dirigé une école pré universitaire dans la Isla de Pinos. Mais nous savons que son arrivée à la Bibliothèque Nationale a marqué un avant et un après dans sa vie, ce fut son point de départ vers les humanités, depuis la puissance de la réflexion et de l'abstraction qui rendent possibles les sciences exactes, car je suis sûr que dans notre institution, ce respectable intellectuel d'aujourd'hui est apparu pour le sort des arts et des lettres. Nous connaître a signifié le début d'une longue et respectueuse amitié éprouvée à la satiété, non seulement dans ses paroles pour mon 50e anniversaire dans la Bibliothèque Nationale, mais aussi dans ses visites des mardis, dans mon bureau, après la mort de Julito, mon compagnon de toute la vie.

C’est précisément à partir des années 1990 qu’Acosta de Arriba accumule un curriculum comptant aujourd'hui le Prix National de la Recherche Culturelle 2018. Suite aux coïncidences de la vie, il a été possible que j'ai été l'une des premières personnes que Rafael a approché dans la Bibliothèque Nationale, en 1990, et maintenant je suis satisfaite d'avoir été un membre du jury qui, 28 ans plus tard et à l'unanimité, donne ce prix.

Il a dit que j'étais sa porte d'entrée dans la Revue de la Bibliothèque nationale, mais c'est lui qui a rendu possible sa publication après sept ans de silence, car il a su valoriser les temps précédents de notre revue, la revue de don Domingo Figarola Caneda, de Juan Pérez de la Riva, de René Méndez Capote, de Cintio Vitier et de María Freyre de Andrade. Rafael a été en mesure d'apprécier notre temple de l'intelligence et du savoir, grandissant personnellement, jusqu'à devenir Docteur en Sciences en 2009,  après son doctorat en sciences historiques, obtenu en 1998.

Par conséquent, ce jeune homme qui a été séduit avec la Bibliothèque Nationale, et qui est né et s’est développé en elle comme un intellectuel, mérite le Prix National de la Recherche Culturelle 2018.

* Texte lu lors de la cérémonie de remise du Prix National de la Recherche Culturelle 2018, le 23 janvier 2019.