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À propos de la Tricontinentale : Souvenir pour Rostgaard
Par Pedro de la Hoz Traduit par Alain de Cullant
La revue Tricontinentale reflétait la résonance de la vague révolutionnaire qui augmentait dans les pays du Tiers Monde, ses principes théoriques et la portée des résultats des mouvements de libération nationale et les luttes anti-impérialistes de l'époque.

Á la naissance, à La Havane, de l'Organisation de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine (OSPAAAL), il était nécessaire de compter, dès le début, d’une publication qui reflétait la résonance de la vague révolutionnaire qui augmentait dans les pays du Tiers Monde, ses principes théoriques et la portée des résultats des mouvements de libération nationale et les luttes anti-impérialistes de l'époque.

 

La revue Tricontinental est alors née, ce qui était un modeste bulletin est devenu, en août 1966, une publication régulière : 60 000 exemplaires en espagnol, en anglais et en français, possédant un dessin rénovateur.

 

Par conséquent, en évoquant le 51e anniversaire de l’OSPAAAL, nous devons nous souvenir de l'empreinte de celui ayant contribué que la revue, du point de vue visuel, attire ses lecteurs potentiels comme un aimant : Alfredo González Rostgaard (1943-2004).

 

Rostgaard était déjà l'un des plus grands graphistes cubains. Il est né à Guantanamo et avait étudié les arts plastiques dans l'école José Joaquín Tejada de Santiago de Cuba. Au triomphe de la Révolution, il a occupé la place de directeur artistique de la revue Mella, des jeunes communistes, à laquelle il donna une dynamique très propre, avec d'autres dessinateurs. Vers la moitié des années 60 il s’est lié au mouvement d’affiche de l'Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC).

 

Lors d’une conversation sur le dessin réalisée dans l’Union des Écrivains et des Artiste de Cuba (UNEAC) en 1996, Rostgaard a expliqué :

 

« Les raisons qui m'ont conduit à définir le style graphique du magazine ont pris en compte la possibilité de résoudre un vieux dilemme entre la politique et l'esthétique qui avait lieu dans les mouvements révolutionnaires. C'était la vieille discussion entre le contenu et la forme. Pourquoi ne pas faire la révolution depuis la forme avec la même intensité que celle qui se faisait depuis la politique ? Ce que je dis maintenant je ne le disais pas à haute voix, mais je le partageais avec certains des plus hauts responsables de l'organisation, entre eux le compañero Osmany (Cienfuegos) qui, pour ses informations en tant qu'architecte, a compris la nécessité d'être audacieux dans la forme. Malheureusement à ce moment-là on l’identifiait la propagande révolutionnaire dans de nombreuses parties du monde comme brute, laide et d’une esthétique sans pertinence, oubliant qu'à l'aube de la Révolution d'Octobre, le graphique avait été un élément de rénovation dans la propagande soviétique. J'ai eu le feu vert pour réaliser le projet d’une revue que nous voulions, et qui, en l'honneur de la vérité, avait été conçue graphiquement par mon fraternelle Frémez, auteur de la maquette et qui ne pouvait pas se charger de la direction artistique de la revue car il accomplissait un séjour prolongé et très fructueux en Europe ».

 

Parmi les mérites de la publication il y avait non seulement la beauté des couvertures, la gestion de l'espace et l'utilisation intelligente de la typographie, mais l'insertion des affiches dans chacun de ses numéros.

 

Rostgaard liait ainsi la force des affiches cubaines des années 60, l'un des signes les plus distinctifs de l'évolution des arts plastiques dans l'île dans la première décennie de l'exercice du pouvoir révolutionnaire à l'effort d'émancipation implicite dans une revue qui représentait les avant-gardes politiques du Tiers Monde.