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« Tout fait touristique est culturel »
Par Miguel Barnet Lanza Traduit par Alain de Cullant
Le tourisme n’est pas seulement une activité économique de tout premier ordre pour Cuba pour les revenus qu’il apporte et pour son poids dans la croissance du produit intérieur brut. C’est avant tout un fait culturel.
Illustration par : Ernesto García Peña

Le tourisme n’est pas seulement une activité économique de tout premier ordre pour Cuba pour les revenus qu’il apporte et pour son poids dans la croissance du produit intérieur brut. C’est avant tout un fait culturel.

Il est vrai que la nature nous a privilégié et ce n’est en rien une déclaration chauvine. Nous partageons avec les autres pays des Caraïbes des paysages, de la végétation, des côtes, des plages, des températures agréables et du soleil presque toute l’année, des attributs qui se maintiennent encore au milieu des mutations climatiques de notre époque et c’est notre objectif de les préserver.

Mais notre réalité est beaucoup plus diverse et complexe. C’est dans le paysage humain et ses réalisations où sont les objectifs qui expliquent l’intérêt envers Cuba et les potentiels que nous devons promouvoir afin que cette réalité puisse être partagée par les visiteurs qui nous choisissent comme destination.

À cet égard, nous allons parler de la culture comme élément essentiel du développement que nous essayons de canaliser avec le tourisme ; de la culture non pas comme un facteur juxtaposé ou simplement utilitaire ; de la culture non pas comme simple attraction mais comme la voie d’une relation possible, nécessaire et mutuellement enrichissante entre les visiteurs et les amphitryons.

Notre avant-garde artistique et intellectuelle a insisté sur le fait qu’il n’y a pas besoin de créer une culture pour les touristes, mais parvenir à que ceux-ci s’insèrent de manière naturelle et organique dans la trame culturelle du pays, qui a beaucoup à offrir, même si des ajustements, des modifications et des nouvelles projections dans ses mécanismes et ses structures organisationnelles, fonctionnelles et de promotionnelles sont nécessaires. Nous affrontons ce but en collaboration avec les autorités des secteurs du tourisme dans un dialogue créatif et enrichissant.

Nous partons d’un principe que nous défendons : le caractère humaniste de la culture, cet oxygène vital tel que l’a définie le  poète José Lezama Lima. Un oxygène qui, comme un soufflet, exhale son puissant souffle depuis le plus profond de nos racines. Notre unique dimension hégémonique est la culture populaire et son essence primordiale.

Pourquoi la culture nous offre tant de biens ? Pourquoi elle nous ouvre une si grande brèche ? Parce que dans les processus de la genèse humaine elle est totalisatrice et elle comprend la création artistique jusqu’à la pensée, ainsi elle élargie notre conscience, se convertissant en un instrument de libération. Et aussi parce qu’elle apporte une cosmovision du monde. Il n’est pas arbitraire de supposer que, sans la culture, tout serait apparence, tout serait creux, nous vivrions dans un état de légèreté totale. La culture nous sauve car pour la saisir, nous nous approprions du plus pur de l’expression humaine. C’est une porte qui s’ouvre et qui ne se ferme jamais, car nous ne l’abandonnons jamais.

Mais la culture n’est pas née enchantement. Elle implique un acte cognitif auquel nous ne pouvons pas renoncer une fois que nous l’avons assimilé. La culture, cet immense flux de biens générés par l’espèce humaine, a son origine dans les processus historiques et dans la mémoire collective. Fernando Ortiz a dit : « dire culture c’est faire une abstraction, il n’est pas une culture mais une diversité des cultures ». Toute culture évolue, comme le sont également la nature et la vie. Toute culture se nourrit d’éléments étrangers qui deviennent propres dans un processus naturel de transfert ou de transculturation, pour utiliser le terme du maître des sciences sociales à Cuba. Mais le centre de cette culture, ce qui nous définit, est ce creuset où fusionnent nos racines les plus authentiques et nos valeurs les plus précieuses.

Nous devons offrir au visiteur le meilleur de nos expressions artistiques, basées sur la tradition populaire et ses processus créatifs. Il ne s’agit pas de montrer des produits figés dans le temps ou les stéréotypes folkloriques dans une vitrine, mais promouvoir l’original et authentique. Ceci est valable pour n’importe quel pays de la planète.

Nous pouvons satisfaire les goûts et les préférences les plus variés sous le prisme d’une grande rigueur et d’une grande exigence. Nous comptons des points forts dans la danse classique et contemporaine, avec des compagnies de niveau mondial comme le Ballet National de Cuba que dirige cette légende répondant au nom d’Alicia Alonso, mais aussi d’excellents groupes porteurs des traditions des danses d’origine hispanique et africaine, non seulement à La Havane, mais aussi dans de nombreuses villes du pays ; ainsi que d’une grande richesse littéraire, des plasticiens ayant une renommée internationale et un cinéma étant à l’avant-garde dans les Caraïbes et en Amérique Latine.

De nombreuses choses peuvent êtres offertes dans les villes et dans les communautés avec leurs habitants, transmetteurs de la sagesse populaire et des savoir-faire qui conforment le tissu intime de la nation.

Les musées et les galeries présentent aussi bien de précieux exposants du patrimoine que les nouveaux développements esthétiques faisant partie de la visualité de l’île, une des plus reconnues aujourd'hui.

J’aime parler des musiques cubaines, plutôt que d’une seule, car aux genres traditionnels, très apprécié par les visiteurs, nous devons ajouter des créateurs et des interprètes dans la musique de concert, le jazz et les appelées musiques urbaines qui, comme dans le cas des arts plastiques et scéniques, sont soutenus un système d’éducation artistique fomenté lors des cinq dernières décennies par la Révolution et implanté dans les écoles d’art.

Mais au moment de la promotion de cette diversité, nous ne devons jamais perdre de vue que nous le faisons en défense des valeurs éthiques et esthétiques qui facilitent l’existence de l’homme sur la Terre. Cela doit être l’alternative contre l’apathie, l’éclipse de la raison et des plus purs instincts créatifs.

Dans un autre ordre, dans le langage des spécialistes, on manie le concept de Tourisme Culturel comme une modalité. On arrive aussi à ramifier ses variantes : le tourisme des villes, le tourisme patrimonial, folklorique, religieux, les routes touristiques du tabac, du café, du sucre, du cacao ; le tourisme académique, ou celui des festivals ou des événements et même le tourisme écologique.

Ceci est peut-être pertinent au niveau opérationnel, mais si nous optons pour la projection que nous avons abordé dans cette brève intervention, nous serons d’accord que tout fait touristique est culturel. C’est pour cette raison qu’il faut non seulement éviter cette redondance, mais assumer une perspective cohérente, la seule possible pour moi quant à la promotion du tourisme.

Le tourisme, qu’il soit national et international, mérite de connaître et de profiter du meilleur de la culture de chaque pays. La culture n’est pas seulement le culte de la beauté, mais un appel à la conscience sociale, à l’enrichissement spirituel et à la pleine connaissance de l’identité des peuples.

Intervention de l’auteur lors de la 60e réunion de la Commission des Amériques de l’Organisation Mondiale du Tourisme. Séminaire international sur le tourisme et la culture.