IIIIIIIIIIIIIIII
« La première chose qu’il faut sauver : la culture »
Par Yuris Nórido Traduit par Alain de Cullant
Fidel est parti de la conviction que tout processus révolutionnaire doit être un processus culturel.
Illustration par : artistes cubains

Lors de moments d’une grande complexité quand Fidel Castro disait que la culture était l’écu et l’épée de la nation, certains ne parvenaient pas à comprendre cette affirmation.

Comment la culture pouvait être plus importante que les armes ?

Fidel fait sien les paroles de José Martí : Les tranchées des idées valent beaucoup plus que les tranchées de pierre.

Beaucoup ont dit que Fidel était un visionnaire. En effet, le rôle de la culture dans le façonnement d’une identité nationale était très clair pour lui.

Et sans identité (sans culture), il n’y a pas de liberté possible.

Fidel a été le principal architecte de la plus grande révolution culturelle qu’il y a eu à Cuba, une révolution dans la Révolution : la Campagne d’Alphabétisation.

Un exploit de tout un peuple, en moins d’un an (de janvier à décembre 1961) presque un million de personnes ont appris à lire et à écrire.

Fidel Castro a été le leader et le stratège.

Ce fut le premier et le plus important pas pour concrétiser un plus grand défi : que l’art et la littérature cessent d’être le privilège de quelques uns pour devenir un droit pour tous.

Il y a une idée de Fidel, exprimée dans l’un des discours de ces premières années, synthétisant cette vocation : La Révolution ne dit pas au peuple de croire, elle lui dit de lire.

Ce n’est pas par hasard que le livre ayant inauguré la naissante industrie de l’édition cubaine a été le plus grand classique de la langue : Don Quichotte de la Manche, de Cervantes.

Lecteur infatigable, Fidel a toujours cru dans le don libérateur de la littérature.

Les Foires du Livre, qui se sont étendues dans tout le pays suite à son initiative, ont été un rêve réalisé.

Une forteresse (celle de San Carlos de la Cabaña) pleine de livres et de lecteurs, des millions d’exemplaires à la disposition des gens.

Lui-même a été l’orateur principal des ouvertures des Foires, qui ont été conçues comme une véritable fête de la culture.

La révolution est la culture

Dans les célèbres Paroles aux intellectuels, en juin 1961, Fidel a établi les bases de ce qui serait ensuite la politique culturelle de la Révolution.

Ce discours a suscité plusieurs débats, des interprétations différentes et aussi des applications pratiques incorrectes.

Mais il s’agit d’un document essentiel : jamais avant on avait accordé à la culture un rôle déterminant dans la vie publique et politique de la nation.

Fidel est parti de la conviction que tout processus révolutionnaire doit être un processus culturel.

Il suppose, bien sûr, la culture au sens large ; mais l’art et la littérature avaient un espace privilégié dans le projet naissant du pays.

Ce n’est pas un hasard si l’image et l’œuvre de Fidel Castro aient été étroitement liées à la création d’importantes institutions culturelles.

C’est Fidel qui a offert un soutien total à Alicia et Fernando Alonso ainsi ils ont refondé ce qui serait l’un des meilleurs ambassadeurs de la Révolution dans le monde : le Ballet National de Cuba.

Personne ne pouvait imaginer qu’une petite île des Caraïbes puisse accueillir une des plus grandes compagnies de ballet classique en ce moment.

Le cinéma cubain doit aussi beaucoup au leader de la Révolution, depuis ces premières années.

Ami personnel d’Alfredo Guevara, ils ont conçu une industrie garantissant la promotion d’un nouveau cinéma : des nouveaux thèmes et des nouvelles approches, une plus grande cohérence esthétique, un engagement social.

Mais, peut-être, l’apport le plus décisif de Fidel Castro dans le cadre culturel cubain a été la création d’un système d’enseignement artistique qui, des décennies plus tard, continue à être une référence dans le contexte latino-américain.

Que des enfants nés et élevés dans différents parages soient devenus des artistes de renom sur le plan international (musiciens, peintres, danseurs…) a été possible, en grande partie, grâce à la vocation de Fidel.

Il y a eu des contradictions et des erreurs dans la mise en œuvre de la politique culturelle, mais Fidel a toujours regardé au-delà.

Sans être un artiste, il avait la sensibilité et l’engagement d’offrir un cours à la grande richesse culturelle de la nation.

Il y a eu des grands artistes et des grands écrivains avant et après Fidel Castro. Mais son rêve (et celui de beaucoup) était que tous les Cubains aient accès à ce patrimoine.

Aujourd'hui, c’est plus qu’un rêve.