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« Ce texte est une invitation à lire Lucia Jerez »
Par Madeleine Sautié Traduit par Alain de Cullant
Le chercheur du Centro de Estudios Martianos Mauricio Núñez vient de recevoir le Prix National d’Essai Alejo Carpentier dans la Foire Internationale du Livre grâce au volume Silencios y recepciones: la novela de José Martí.
Illustration par : Julio Larramendi

Le chercheur du Centro de Estudios Martianos Mauricio Núñez vient de recevoir le Prix National d’Essai Alejo Carpentier dans la Foire Internationale du Livre grâce au  volume Silencios y recepciones: la novela de José Martí. Le livre est issu d’une thèse de doctorat défendue par la Faculté des Arts et des Lettres de l’Université de La Havane. Á propos d’un laurier si important, l’auteur primé s’est entretenu avec le journal Granma.

« Cet essai, explique-t-il, place le roman Lucía Jerez dans l’œuvre littéraire de l’auteur, découvrant non seulement ses valeurs littéraires, mais aussi les liens avec d’autres domaines de sa création. Le parcours dans l’univers narratif de Martí commence par un texte de jeunesse, El Presidio Político en Cuba, passe par les chroniques que l’auteur consacre aux romans et romanciers cubains et nord-américains et établit des liens avec des zones de son journalisme contemporain à la genèse de son seul roman. Mais la partie la plus révélatrice du voyage pourrait être l’étude de la réception de cette pièce par la critique, qui aborde les quatre décennies de silence pour les spécialistes, les changements dans « l’horizon des expectatives » de la critique, selon les étapes, jusqu’au plus grand appel des spécialistes des dernières années : les marques d’un discours érotique dans ses pages. Ce texte est avant tout une invitation à sa lecture ».

Le roman a été intitulé Amistad Funesta et aussi Lucía Jerez...

Le roman a été publié sous le titre Amistad funesta dans le journal El Latino-Americano en 1885, pendant la période d’environ 15 ans où le poète a vécu aux États-Unis. Par la suite, l’auteur lui-même a commencé à préparer une nouvelle édition sous la forme de livre. Il pensait y apporter un certain nombre de changements, y compris le titre. Cette édition était inachevée. Depuis lors, cette pièce unique est également connue sous le nom de Lucía Jerez.  Sa présence ne doit pas être vue isolément dans la création de José Martí, mais comme une dérivation de ses préoccupations esthétiques durant une étape de recherches formelles, conceptuelles et de renouvellement dans la langue espagnole, dont l’auteur a été un architecte.

Quelle valorisation avez-vous du roman de Martí, une œuvre qu’il a lui-même mentionnée avec le terme «noveluca » ?

Cette pièce fait partie de l’atelier d’écriture et de pensée dans lequel se converti une grande partie du legs littéraire de José Martí, c’est-à-dire des pièces élaborées sans la possibilité d’un deuxième intermède pour la correction finale. Son texte est comme un laboratoire de création offrant toujours de nouveaux angles.

De nombreuses circonstances ont déterminé que la genèse du roman de Martí était irrégulière et aléatoire. L’accueil pour la critique littéraire a été tardif. Il commence dans la seconde moitié du XXe siècle. Il y a eu plus de quatre décennies de silence depuis sa publication en 1911.

Combien vous honore un prix portant le nom d’un intellectuel comme Carpentier ?

Recevoir cette reconnaissance sous le nom d’Alejo Carpentier et avec un essai lié à la création de José Martí est un honneur et une heureuse coïncidence, car se sont deux des figures essentielles et de référence dans la littérature cubaine et hispano-américaine. Je me sens vraiment privilégié.